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10 mai 2016 : Journée nationale des mémoires de la traite, de l esclavage et de leurs abolitions

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27 avril 1848 Abolition de l'esclavage en France

Journée nationale des mémoires de la traite, de l’esclavage et de leurs abolitions

La Journée nationale des mémoires de la traite, de l’esclavage et de leurs abolitions du 10 mai, a été instituée en référence à la date de l’adoption en dernière lecture par le Sénat de la loi du 21 mai 2001, tendant à la reconnaissance des traites et des esclavages comme crime contre l’humanité.

Au niveau local

Pour des raisons historiques, dans certaines collectivités d’outre-mer, la date de la commémoration est différente de celle de la métropole :

le 27 avril à Mayotte ;
le 22 mai en Martinique ;
le 27 mai en Guadeloupe ;
le 27 mai à Saint-Martin ;
le 10 juin en Guyane ;
le 9 octobre à Saint-Barthélémy ;
le 20 décembre à la Réunion.

 

Début de la traite en 1674
En 1674, influencé par Madame de Maintenon qui a vécu douze ans en Martinique, Louis XIV crée le monopole de la ferme du tabac qui entraîne une chute de son prix et incite les colons à se tourner vers la culture de la canne à sucre, importée du Brésil et beaucoup plus rentable. L’année d‘avant Louis XIV avait dissout la Compagnie des Indes de Colbert (la première compagnie coloniale française mais qui n’importait pas d’esclaves) et fondé la Compagnie du Sénégal pour fournir des esclaves à l’île de Saint-Domingue. C’est ainsi que la traite va devenir la clé de voûte du système colonial : la France qui pratiquait jusqu’ici le commerce en droiture entre France et Antilles se met au commerce triangulaire entre France, Afrique et Antilles et une main d’œuvre servile noire va remplacer les travailleurs européens engagés. Il ne restait plus qu’à réglementer l’esclavage, ce qui sera fait avec le Code noir.

En mars 1685, Louis XIV promulgue le Code noir, préparé par Colbert. Cet édit est basé sur le principe que l’esclave, dépourvu d’existence juridique, est la propriété du maître. Par l’article 44 de ce code, l’esclave noir est déclaré « meuble », c’est-à-dire assimilé à un objet ou une marchandise qui peut être vendue (même aux enchères) ou transmise par héritage.

Si le démarrage de la traite française fut tardif (Bordeaux en 1672, Nantes et Saint-Malo en 1688), il fut progressif. Sous la Régence, le Duc d’Orléans (par les Lettres Patentes de 1716 et 1727) permet aux principaux ports français «de faire librement le commerce des nègres».

Au total, 17 ports français participèrent à plus de 3300 expéditions négrières et Nantes, avec 42% de la traite, fut le principal port négrier français, mais d’autres ports participent à l’armement de navires négriers : La Rochelle, Le Havre, Bordeaux, Saint-Malo, Lorient, Honfleur et même Marseille.

Les armateurs négriers français

Au XVIIIe siècle, en France, l’armement négrier est concentrée entre les mains de 500 familles qui armeront, à Nantes, Bordeaux, La Rochelle, Le Havre et Saint-Malo, quelques 2800 navires pour l’Afrique (une vingtaine seulement de ces familles auraient armé le quart des navires).

Cette aristocratie négrière occupe les places les plus importante dans les sociétés portuaires, et, formant des lobby, ces notables infiltrent aussi les sphères du pouvoir où leur influence leur ouvre les portes. Sous la Restauration, la plupart des maires de ces villes portuaires sont des négriers notoires (entre 1815 et 1830 presque tous les maires de Nantes seront des négriers).

Mais à cause du caractère risqué, financièrement, du trafic négrier, les armateurs français ne se livraient pas uniquement à la traite et avaient d’autres activités (assurance, pêche, négoce), certes moins spéculatives.

Le XVIII° siècle : l’apogée de la traite en France

Les navires négriers français se rendent d’abord en Afrique pour y charger leur cargaison de « bois d’ébène », nom inspiré par la couleur des esclaves d’Afrique, qu’ils échangent contre la cargaison de traite : un ensemble de marchandise servant à acheter les esclaves (alcool et tabac, poudre et armes à feu, camelote et pacotilles, étoffes et habits).

Sur place, pour entasser le plus grand nombre d’esclaves dans la cale, il faut construire un entrepont qui servait de « parcs à esclaves », rajouter des gaillards, et, pour augmenter la surface disponible, installer des plates formes (faux pont) sur les côtés. Les navires font ensuite route vers les Antilles pour y revendre leur marchandise humaine.

Au retour, le commerce avec les Antilles permet de réexporter les marchandises issues des îles (sucre, café, cacao, tabac) et d’alimenter l’Europe via ses grands ports (Amsterdam, Rotterdam Hambourg, Londres). Au XVIIIe siècle, le commerce français est florissant grâce à l’essor de ses colonies et de la traite. On estime qu’entre 1676 et 1800 la France aurait déporté aux seules Antilles un million d’esclaves.

L’abrogation de l’esclavage : un pas en avant, un pas en arrière

Dans l’Europe des Lumières, l’esclavage et la traite sont de plus en plus critiqués par les philosophes, comme Montesquieu, dans De l’esprit des lois (1748) qui se fait sarcastique vis-à-vis de « ceux qui se disent chrétiens et qui pratiquent l’esclavage » ou encore Voltaire dans Candide (1759) qui dénonce les conditions de vie des esclaves et les mutilations barbares. Mais d’autres encyclopédistes investiront leur fortune dans le commerce triangulaire. En 1788 se crée à Paris la Société des Amis des Noirs et il faut rendre hommage à l’abbé Grégoire qui, sous la Révolution, viendra la rejoindre et publiera sa « Lettre aux philanthropes » en 1790. L’objectif de la Société des Amis des Noirs est l’abolition de la traite et de l’esclavage et ses arguments visent à démontrer l’absence de rentabilité de l’économie de l’esclavage.

L’esclavage sera aboli par la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789, mais sans conséquences aux Antilles. Malgré l’abbé Grégoire qui ne ménage personne (« Parce qu’il vous faut du sucre, du café, du taffia (rhum), indignes mortels, mangez plutôt de l’herbe et soyez justes»), en 1791 l’Assemblée constituante confirme l’esclavage dans les colonies et en 1793 la Convention refuse d’abolir l’esclavage. Mais l’action de la Société des Amis des Noirs permettra à la Convention d’abolir l’esclavage dans les colonies le 4 février 1794. En réalité la Convention décrète que l’abolition de l’esclavage sera limitée à la Guadeloupe et ne concernera ni l’île de la Réunion ni l’île Maurice, peu peuplées (ni la Martinique puisqu’ occupée par les Britanniques).

En mars 1802 l’Angleterre rend à la France la Martinique et Sainte-Lucie qui n’ont pas bénéficié de la loi sur l’abolition de l’esclavage. Napoléon, qui n’est encore que Bonaparte, poussé par son épouse Joséphine, d’origine martiniquaise et dont la famille et les amis avaient de nombreux intérêts en Martinique, rétablit l’esclavage et la traite en mai 1802 « conformément aux lois et règlements en vigueur avant 1789 » et envoie des forces expéditionnaires à Saint-Domingue et en Guadeloupe pour mater les rebellions. Avec beaucoup de brutalité l’ordre est rétabli, ainsi que l’esclavage et l’ancien Code noir de Louis XIV. Mais les révoltés de Saint-Domingue sont victorieux et proclament l’indépendance, en janvier 1804, de la première République noire qui prend le nom d’Haïti. Lorsque Bonaparte rétablit l’esclavage, le commerce négrier bordelais est à son apogée et dépasse même celui de Nantes. En mars 1815, lors des Cent jours  après son retour de l’île d’Elbe, Napoléon aligne la France sur la décision du Congrès de Vienne en décrétant l’abolition de la traite négrière.

Pourtant, en juin 1820, Joseph-Elzéar Morenas remet à la Chambre des députés une pétition contre la traite des noirs qui se fait encore au Sénégal et en 1822 l’abbé Grégoire publie Des peines infamantes à infliger aux négriers. Mais jusqu’à la fin de la Restauration, les nouvelles dispositions ne seront pas appliquées, jusqu’à ce que les Journées révolutionnaires (22 au 24 février 1848) aboutissent à l’abdication du roi Louis-Philippe et à la formation du Gouvernement provisoire de la République qui proclame le principe selon lequel « Nulle terre française ne peut plus porter d’esclaves » et nomme (mars 1848) Victor Schœlcher « sous-secrétaire d’État chargé spécialement des colonies et des mesures relatives à l’abolition de l’esclavage » (celui-ci, lors d’un séjour au Sénégal visitera les lieux de la traite sur l’île de Gorée).

Finalement, le 27 avril 1848, un décret du Gouvernement provisoire abolit l’esclavage dans toutes les colonies françaises (en Martinique le 23 mai, en Guadeloupe le 27 mai, en Guyane le 10 août et à la Réunion le 20 décembre). L’abolition de l’esclavage sera inscrite dans la Constitution (art. 6) le 4 novembre 1848 et en 1849 le dernier navire français participe à une expédition négrière. Un commerce négrier, illégal, continue quelque temps mais il se transforme en commerce d’engagés, indiens ou chinois (les coolies).

Une application précipitée

Le décret prévoit de libérer dans un délai de deux mois 250.000 esclaves noirs ou métis à la Martinique et à la Guadeloupe, ainsi qu’à la Réunion, en Guyane et à Saint-Louis du Sénégal.

À leur manière, les esclaves ont accéléré le mouvement. À Saint-Pierre, en Martinique, une insurrection éclate le 22 mai 1848, avant qu’ait été connue l’existence du décret. Même chose en Guadeloupe où le gouverneur abolit l’esclavage dès le 27 mai 1848 pour éteindre l’insurrection.

En compensation de la perte de leurs esclaves, les planteurs reçoivent du gouvernement français une indemnité forfaitaire. Ils contournent aussi l’interdiction de l’esclavage en faisant venir des «travailleurs sous contrat» de la Chine du sud ou d’Inde du Sud. Il s’agit d’un nouvel esclavage qui ne dit pas son nom.

L’abolition dément les sombres prophéties des planteurs, qui craignaient la ruine de leurs exploitations et de leurs îles. Au contraire, elle se traduit par un regain de l’activité économique dans les colonies.
Pour finir, le 10 mai 2001, le Sénat adopte la loi reconnaissant la traite et l’esclavage comme crime contre l’humanité et, le 30 janvier 2006, la date du 10 mai est retenue pour la commémoration en France métropolitaine de l’abolition de l’esclavage.

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Afrique · Amériques · Europe · Société

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